L’homme des cabines

19 janvier 2008 à 19:35 par Michel

Parfois, on découvre des vérités universelles au détour d’un moment complètement ordinaire. Aujourd’hui était une de ces fois pour moi.

Depuis que je suis arrivé, je subis l’appel irrésistible de la grande surface le WE. C’est plus fort que moi, je dois y aller.

J’aime me balader à Carrefour, dans ses grands rayons, traîner au rayon bière en faisant mine de beaucoup réfléchir pour choisir ma bière. Je regarde le rayon de haut en bas, puis me recule doucement avec une moue interrogative. Ensuite, je penche légèrement la tête vers la gauche comme pour mieux apprécier le choix. Enfin je hoche positivement de la tête en choisissant LA bouteille, comme s’il s’agissait de la trouvaille de la semaine fruit d’une réflexion mûrie. Je pense pouvoir maintenant passer aisément pour un spécialiste de la bière à l’œil du profane.

Ensuite je traîne au rayon cuisine en bavant devant les ustensiles sophistiqués que je ne pourrais jamais avoir car ma cuisine est trop petite. Je les prends quand même en main pour voir comment ça fait, en vrai. Cela ne dure jamais trop longtemps car les bières de mon caddie ramènent ma virilité à la surface et me dictent de me rendre au rayon conserve.

Enfin je traîne dans les magasins de vêtements et de chaussures dans l’espoir de parfaire ma garde-robe professionnelle. Ce sont les soldes, j’en profite. Je me suis donc décidé pour un pantalon très sobre, très classique et très noir: bref, tout ce dont j’ai besoin. Ne sachant jamais ma taille, je me dirigeais vers les cabines d’essayage. Je ne m’en souviens jamais, non pas parce que ça change tout le temps, mais parce que la taille ne veut rien dire. Autant, quand on me dit S, M, L, XL, je comprends. Autant quand on me parle de 40, 38 ou 42 pour continuer sur du T4 ou T3, je ne comprends jamais. J’essaye toujours discrètement de sortir une étiquette de mes vêtements actuels pour voir s’il y a une indication ou un manuel.

Les soldes coïncident toujours avec une pointe de fréquentation et donc j’attendais qu’une cabine se libère. C’est alors que je vois à quelque seconde d’écart, deux têtes qui sortent discrètement de deux rideaux de cabines. Elles lançaient des regards désespérés à l’intention de la salle et semblaient chercher quelque chose. Puis elles disparaissaient. Dix secondes plus tard, le même manège se produisit. Elles sortent, zyeutent, rentrent. De vraies tortues.

Et puis ces mêmes tortues m’ont soudain semblé si familières… Mais pourquoi ? Ahhhhh ouiiii. Parce que tu as été tortue, Michel, parce que tu es tortue et tu resteras tortue pour la fin de tes jours. Voyez-vous, les têtes appartenaient à des hommes entre trente et quarante ans. Et ils cherchaient quoi ? Leurs femmes. Parce qu’elles détiennent la vérité et l’autorité sur le pantalon, la veste, la chemise et les chaussettes. Tout comme leur mère.

Et je crois que c’est très bien comme ça.

Déjà parce que, moi, j’ai aussi fais la tortue pour faire comme tout le monde et rentrer dans le rang. Si je ne l’avais pas fait, tout le monde aurait pensé : “Ah, encore un qui croit qu’il peut bien choisir un pantalon tout seul !”.

Personne n’est venu. Tant pis je suis sûr que Maman aurait cautionné mon choix : il était soldé.

Ensuite, (raison purement personnelle) parce que l’autorité vient avec la compétence et — soyons honnêtes — je n’ai clairement aucune compétence dans ce domaine. Finalement, on ne se voit que très peu habillé. Alors si je me décide pour un truc qui est moche et que personne n’est là pour m’en empêcher, je cours à la catastrophe !

D’ailleurs, je me méfie comme de la peste de mes coups de cœur maintenant. J’ai acquis quelques techniques rudimentaires que je tiens de ma maman afin de palier à l’absence de conseil. Par exemple : elle m’a toujours dit : « Fait voir les fesses ». Je regarde systématiquement s’il y a de la place ou non.

De toute façon, c’est bien simple : dans n’importe quels magasins d’habillement il y a toujours plus de femmes que d’hommes et cela vaut aussi pour le magasin strictement masculin comme Jules, Laurent Cerrer, Devred, Jennifer ou même Celio. Et en général, les hommes sont accompagnés par leur mère, copine ou femme. Ils le montrent même fièrement ayant l’air de dire : “Ah ! J’ai le savoir avec moi!”. Pour ceux qui restent, comme moi, ils rasent les murs.

Les hommes cherchent toujours leur femme ou leur mère d’un air peiné en quête de conseil et d’approbation. Et moi, ça me va. Il n’y a rien de sexiste dans tout cela.

D’où ma petite annonce : s’il y a un élément féminin pas trop loin de Sophia pour conseils vestimentaires, je suis preneur !

Vous avez dit complémentarité ? Je crois que c’est une part du secret.

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2 commentaires pour “L’homme des cabines”

  1. Alexis dit :

    Whaou, tu t’envoles dans la réflexion philosophique… Et à une heure résonnable en plus.
    Ah, je pense à ce jour pas si lointain où on ira ensemble dans ce Carrefour et où je pourrai te conseiller malgré mon taux de testostérone légèrement trop élevé pour une femme…
    Bon courage pour ton installation!!!

  2. JBeu dit :

    C’est tellement vrai !
    Bravo pour cette analyse si fine de la complémentarité et du comportement masculin !

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