Les gros mots.

24 février 2008 à 20:27 par Michel

Je ne sais pas pour vous, mais moi, j’aime beaucoup les gros mots.

À chaque début d’apprentissage d’une nouvelle langue, c’est toujours ce qui concentre le plus d’attention et de concentration. Là, je fais style, d’avoir débuté l’apprentissage de plein de langue, en fait non. Uniquement le français, l’anglais, l’allemand et le finnois. Un Turc a bien essayé de m’inculquer quelques insultes de chez lui, mais je n’ai pas mémorisé. Je me souviens lors de mon premier échange en Allemagne (1999), dès les premiers jours de petits groupes se formaient. On parlait, on gesticulait, puis… un silence, quelqu’un qui s’essaye à une autre langue et puis finalement l’hilarité des autochtones. S’il y a eu échange, c’est bien là. Presque 8 ans plus tard, même chose. Quelques français étaient même devenus des spécialistes. Tous les jours ils s’insultaient en finnois à coup de jurons plus ou moins maîtrisés. De mon côté, je m’en suis tenu à un maigre Perkele qui se situe entre le saperlipopette et le putain (je sais, c’est large). Eux avaient développé un champ lexical très large et une passion pour la chose. Je crois même que c’est devenu une obsession, avant ils faisaient style de s’intéresser à l’argot finnois pour parler aux finnoises. Vers la fin, je les soupçonnais de prétendre une approche féminine alors que le but ultime était de soutirer un ou deux nouveaux mots.

Haddock

Chacun son truc. Moi de mon côté, je préfère apprendre la langue maternelle. Il y a quelque chose de relaxant dans les gros mots. D’effrayant aussi.

Je me souviens, quand j’étais petit, je croyais que mes parents ne connaissaient pas de gros mots. Maintenant que j’y repense, c’était un peu bête de penser ça — et encore ça c’est léger, je devrais vous raconter un jour comment j’ai essayé de recharger une pile le soir d’un orage —, mais mes parents n’en disaient jamais. Jusqu’au jour où mon père sortit son premier gros mot. Bon d’accord, ce n’était pas son premier mais son premier devant moi. Aucune idée de l’âge que je devais avoir mais je dirais entre sept et huit ans. Un soir d’hiver, dans un parking de centre commercial, mon père était vénèr. On était dans sa clio — là je me rends compte que je reproduit le schéma paternel, il avait aussi une clio bleue ! — et lors d’une marche arrière un peu précipitée nous heurtâmes une saloperie de plot à la con.

«Merde-euuuu !!!». Cela claqua dans la nuit. Un long silence s’en suivit. Moi de mon côté, je ne disais rien, trop occupé à remettre en question mon opinion sur mon père. «Je croyais qu’on apprenait les gros mots dans la cour de récré, à l’école…» pensais-je. Comment avait-il su ?

Maintenant je sais : lui aussi, dans son jeune temps, avait été à l’école et avait appris les mêmes gros mots (bon, sauf que les miens sont moins riguards). Le temps passa et maintenant mes sœurs et moi ne sommes plus punies en cas de gros mots. La transition c’est faite en douceur avec quelques à-coups néanmoins (par exemple, ma grande sœur lâchant un gros “putain” bien sonore en plein repas).

Moi, je poursuivis mon chemin. Dans mes premiers pas en tant qu’animateur, je me souviens qu’une animatrice principale m’avait dit : « Bon je sais qu’on n’est pas tous très clean sur la ligne, mais Michel tu es, pour sûr, le plus charretier de nous tous.»

Titre dont je ne suis pas peu fier. Il est vrai que je peux avoir parfois un parler franc avec les gosses.

J’aime aussi m’essayer à des jurons plus anciens, plus originaux. Je me souviens, pendant ma première année de prépa, avoir couvert une feuille avec un voisin de table de «brigand, charlatan, bandit, fripon, gueux, bouseux, etc.» D’ailleurs si vous avez des trouvailles je suis preneurs : du XVIIIème siècle, aux banlieues, je prends tout.

Tout ça pour dire que je me montre solidaire avec notre Nicolas national. Toute la classe politique gueule concernant ce qu’il a pu dire à un gars au salon de l’agriculture. Franchement, moi, ça m’a fait plaisir. J’aime bien quand les personnalités publiques lâchent des vieilles insultes. Au moins on peut être sûr qu’ils le pensent.

Parce que, finalement, c’est peut-être le seul moment où ils peuvent être sincères. Alors au lieu de gueuler et de titrer : “Nicolas insulte un pauv’ gars au salon de l’agriculture”, on ferai mieux de se réjouir et de dire : “Un dialogue présidentiel franc et sincère au salon de l’agriculture”.

Si ça peut vous rassurer ma sympathie présidentielle de va pas tellement plus loin. Avant je votais pour celui qui avait une bonne tête (genre François, je trouve qu’il a une tête rigolote). Je ne pourrais pas voter pour les municipales, mais si j’avais pu, je voterai pour le plus vulgaire (s’il a une tête rigolote c’est mieux quand même).

Ça c’est du vote utile.

Alors la gastronomie française à l’unesco, je ne sais pas, mais les gros mots oui.

PS : Jean-Pierre a dit «un dialogue privé, d’homme à homme». Il a raison, la communication c’est un métier : ça s’apprend.

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10 commentaires pour “Les gros mots.”

  1. François dit :

    Ne manque-t-il pas ici un paragraphe sur ta classe lorsque tu portes un costume ?…

  2. Michel dit :

    Je ne dis jamais de gros mots quand j’ai costard. Il faut un peu de dignité tout de même !

    En plus c’est pratique, au boulot je ne dis pas de gros mots puisque j’ai un costard.

  3. François dit :

    Tu bosses en costard ? He bien… Moi j’ai laissé tomber pour le”chaussures classes, jean/pantalon, pull classe et chemise”. Plus cool et moins chiant, en attendant d’aller bosser chez Orange et de redevenir sérieux.

    Ps : bien essayé mais je te rappelle qu’on a voyagé ensemble pour aller au gala de 1ère année !

  4. Michel dit :

    Ouais j’ai commencé en costard et puis je l’ai gardé.

    Franchement, le pantalon de costard est super agréable à porter et puis j’aurais mis de toute façon une chemise. Donc…

    Juste, je ne mets pas de cravate, sinon il faudrait que je me lève tous les jours 15min plus tôt pour faire le nœud.

    Et puis on ne devient un homme d’affaire de business international comme ça. Alors je m’habitue à l’habit, ça sera toujours ça de fait.

  5. David dit :

    J’aimais bien ton post jusqu’à ce que tu parles de l’ami des Français… J’ai appris ça de l’autre côté de l’Atlantique et je dois dire que je n’étais pas fier… Je veux bien prendre tout le tintamarre qu’il doit y avoir autour en France, mais je pense qu’il y a quand même des limites à ne pas franchir, et qui d’ailleurs ont été franchies il y a bien longtemps et pas qu’un peu.
    Ceci dit, j’étais très étonné quand tu as dit que tu bossais en costard ! Chapeau ! Si tu te sens bien dedans, tant mieux, très bon idée de s’y habituer “si tôt” (qui n’est pas si tôt finalement) mais en tant que stagiaire, bravo ! (Je t’avoue, je ne me vois pas coder en costard…) Bonne continuation !

  6. Michel dit :

    Bof, moi je pense que il y a quand même des trucs plus importants que de s’exciter devant deux gars qui s’engueulent. Au mieux, ça me fait sourire, au pire, je m’en fous.

    Ce qui me dérange plus c’est qu’il ait fait l’erreur devant les caméras, d’habitude il gère plus que ça.

    Coder en costard, c’est une question de style !!! Moi je suis pour. D’ailleurs, j’ai l’impression que l’autre stagiaire se sent obligé de porter un costume maintenant.

    On verra qui craquera le premier, hin hin !

  7. David dit :

    Le probleme c’est que justement, ce ne sont pas ‘deux gars’. L’un oui, l’autre c’est le president de la republique, et je pense qu’il se doit de faire passer une bonne image de la France. Parce qu’on pourrait dire: oh bah finalement, au G8, il avait juste bu quelques verres, y a rien de grave…

  8. Michel dit :

    J’espère qu’il avait bu quelques verres ! Sinon c’est inquiétant !

    Moi aussi je vais faire des footings, ça revient moins cher !

  9. Michel dit :

    Sinon, j’ajouterais que le costard permet de coder avec style et classe. (Mais je crois que je l’ai déjà faite, celle-là…)

  10. Adélaïde dit :

    Waou tu bosses en costard? moi aussi je suis épatée…Mets une photo sur ton blog! por favoooor
    Quant à Sarko, je suis d’accord avec David, c’est quand meme le président de la république, il est censé etre class et diplomatique, ça fait meme partie de sa fonction… Et il sait très bien etre tout posé quand il veut…
    Mais très interessant ton point de vue Michel sur le dialogue présidentiel franc et sincère! ;)

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